2021. Une politique d’acquisitions plus ambitieuse

L’année 2021 a vu les collections municipales s’enrichir de manière significative grâce à plusieurs acquisitions effectuées auprès de galeristes ou de maisons de vente de renom ainsi que par le biais de donations. Ceci a été possible grâce à l’augmentation significative du budget d’acquisitions et à la générosité de donateurs.
Dans cette brève note, nous proposons d’en dresser le bilan illustré.

ACHATS

Giovanni Antonio Pellegrini (Venise, 1675 – id., 1741)

Esquisse pour Alexandre devant le corps de Darius vaincu 

Huile sur papier, marouflé sur toile 

H. 29.2 cm ; L. 39.7 cm (sans cadre)

Vendu par la Galerie Robert Simon Fine Art, New York 

Acquis pour 13.000 dollars (soit 10.915 euros) 

Acquis avec le soutien du FRAM 2021 

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Présent à Soissons depuis au moins le XVIIIe siècle, le tableau Alexandre devant le corps de Darius vaincu est l’une des pièces maîtresses des collections municipales soissonnaises. Aux côtés de La famille de Darius devant Alexandre, il figure parmi les œuvres maîtresses de l’école vénitienne dans les collections publiques françaises.  

Une esquisse (presque) inédite 

Exposée à deux reprises en 1961 et 1964 aux Etats-Unis, l’esquisse pour Alexandre devant le corps de Darius est restée quelque peu inaperçue malgré une provenance intéressante – Bartolo Bracaglia, restaurateur romain, installé à New York dans les années 1950, travaillait au service de la célèbre collection Kress et collectionna nombres d’œuvres italiennes dont certaines furent données au début des années 2000. On peut sans doute expliquer cela par la faible visibilité de l’œuvre au sein de la littérature spécialisée, en Europe particulièrement. Quelques experts italiens furent toutefois en mesure d’exprimer un jugement à son égard : alors qu’elle était volontiers attribuée à Giovanni Battista Pittoni (un peintre vénitien contemporain de Pellegrini), Federico Zeri suggéra de la rendre à notre peintre tandis que Robert Manning lui octroya la juste attribution dès 1961.  

La parenté de cette étude diligente et sûre, habile et contrastée, avec la grande et puissante composition soissonnaise ne laisse toutefois aucun doute : le peintre y pose d’ailleurs l’essentiel des composantes de cette toile ; le raccourci magistral du cadavre à demi-nu prêt à basculer au-dehors du cadre, le geste à la fois délicat et captivant d’Alexandre, l’omniprésence de drapés (le manteau d’Alexandre, l’étendard au second plan) et le traitement des visages en clair-obscur ; l’idée de la composition et la dialectique même de celle-ci semblent en effet bien abouties dans cette petite esquisse qui rivalise avec la grande version finale par son expressivité et sa palette plus électrisante. Comparable dans son exécution à certains bozzetti produits durant les premières années du XVIIIe siècle – citons notamment La rencontre d’Alexandre et Porrus (Ravenne, Pinacoteca comunale) – ce beau morceau de peinture offre un exemple éloquent de la bravoure de son auteur et de son attachement particulier aux effets picturaux. A l’instar du tableau final, il met également l’accent sur l’opposition entre les différentes textures – celle de la peau surexposée à la lumière de Darius, celle chatoyante de la tenue d’Alexandre – ainsi que sur le chiasme que forme la position de chacun des protagonistes.  

Edouard Jules Corroyer (Amiens, 1835 – 1904)

Vue du transept sud et de la chapelle oblique de la cathédrale de Soissons 

Aquarelle sur papier. H. 580 ; L. 430 mm 

Signé en bas à gauche : « Ed. Corroyer 1878 » 

Vendu par la galerie Libraire Raphaël Thomas, Rennes 

Acquis pour 2.700 euros 

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Architecte de renommée, sensibilisé à la restauration des monuments historiques par Viollet-le-Duc qu’il rencontre sur le chantier de la cathédrale d’Amiens vers 1855-1860, Edouard Corroyer compte parmi les principaux artisans du renouveau du langage gothique dans la seconde moitié du XIXe siècle en France. Habile exégète des modes opératoires et des recherches formelles mis en place durant la période médiévale, il est aussi collectionneur : à ce titre, il effectue une importante donation d’objets d’art au musée du Louvre. En charge de la restauration de la cathédrale de Soissons à partir de 1874, à la suite d’Adolphe Lance, « Corroyer entreprit de sauver le bras sud du transept dont les parties hautes avaient été fortement ébranlées lors de l’explosion de la poudrière en 1815 et qu’on avait été obligé d’étayer complètement. Son intervention paraît discrète à l’intérieur, mais elle modifia profondément l’aspect de l’édifice à l’extérieur à la suite du lancement de nouveaux arcs-boutants dont les volées et les culées étaient considérablement renforcées. Cette lourdeur du contrebutement, incompatible avec la légèreté de l’édifice lui fut reprochée et suscita une vive polémique avec Anthyme Saint-Paul. » (Dany Sandron, La cathédrale de Soissons, Paris, 1998, p. 47).  

 

Un enrichissement majeur pour le fonds d’arts graphiques des musées de Soissons 

 

C’est dans le contexte précédemment décrit que s’insère le dessin acquis par la ville de Soissons. L’œuvre fut acquise auprès d’un particulier après qu’elle soit restée invendue lors d’une vente publique – Paris, Beaussant-Lefevre, 5 décembre 2008, lot. 44. La grande feuille se présente dans un très bon état de conservation et ne nécessiterait qu’un nettoyage avant son montage dans un passe-partout. Si elle n’était pas datée par l’artiste lui-même (pour rappel « 1878 »), nul doute que son iconographie nous aurait permis de la situer dans la chronologie des interventions de Corroyer sur le transept sud : on peut en effet observer que l’édifice possède encore les systèmes de contrebutement dénoncés par Corroyer et Abadie (1877). Ce système est celui-là même que l’architecte modifie à compter de 1879, comme en atteste une carte postale ancienne conservée au sein des musées de Soissons. Dépourvu de repères et de cotes, contrairement aux feuilles conservées au sein de la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, produites pour étayer les propositions de restauration du transept sud, le dessin peut être interprété comme une représentation pittoresque du monument gothique. Son auteur prend d’ailleurs soin d’y ajouter deux figures de prêtres conversant et agrémente cette vue en perspective d’un ciel nuageux et de feuillages brunâtres. Cette approche s’accorde avec celle d’artistes incontournables à Soissons durant la même période et largement représentés dans les collections municipales : Alexis Marcelin Betbéder et Léopold Baraquin. Leur production est contemporaine des fameux Voyages pittoresques du Baron Taylor, de Charles Nodier et Alphonse de Cailleux. Leur démarche est proche : saisir au mieux les spécificités architecturales des trésors patrimoniaux médiévaux et leur conférer, par l’introduction de détails amusants ou triviaux, une connotation surannée.

Léon Lhermitte (Mont-Saint-Père, Aisne 1844 – Paris, 1925)

Le jour des morts à Chartèves (Aisne) 

Vers 1887 

Fusain sur papier 

Signé en bas à gauche : « L. Lhermitte » 

H. 37 cm ; L. 27 cm

Vente publique, Paris – Artcurial, 22 septembre 2021, lot 498 

Acquis pour 3.900 euros frais inclus 

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L’un des artistes naturalistes les plus emblématiques de la seconde moitié du XIXe siècle, savant observateur de son temps et brillant dessinateur, Léon Augustin Lhermitte eut une carrière exemplaire rehaussée de récompenses, de succès commerciaux et d’hommages.

Natif du petit village de Mont-Saint-Père, près de Château-Thierry, dans le sud de l’Aisne, Lhermitte montre d’éloquentes prédispositions pour le dessin dès son plus jeune âge. Son père instituteur, aidé par Robert Fleury, obtient du comte Walewski, ministre d’Etat en charge des Beaux-Arts, et du conseil général de l’Aisne les financements nécessaires (une « allocation d’Etat » et une pension) afin que l’enfant soit confié à l’Ecole impériale de dessin. Au cours de son apprentissage, complété par l’enseignement d’Horace Lecoq de Boisbaudran au sein de la « Petite école », il étudie les œuvres de Millet et des peintres réalistes. Ses premières apparitions publiques révèlent un dessinateur habile et désireux de mettre en lumière sa terre natale : Les bords de la Marne, près d’Alfort (Salon de 1864) puis les fusains produits dans les années 1860 décrivent les paysages de cette région agricole à cheval entre la Champagne et le Tardenois. Dominées par des paysans aux allures nobles, ces scènes champêtres font revivre l’Arcadie et incarnent l’âge d’or pastoral, des compositions qui doivent beaucoup à Camille Corot, rencontré durant ces années ; ce dernier encourage sans doute les recherches de Lhermitte sur la lumière, acteur important de ses manifestes de la ruralité.

Le « Jour des morts à Chartèves » dans les collections soissonnaises

« Launette, réputé un moment pour ses belles éditions de luxe, a l'ingénieuse idée d'associer le crayon de Lhermitte à la plume élégante de M. André Theuriet pour composer cette savoureuse épopée de La Vie rustique, parue en 1887. On trouve tout Lhermitte résumé et condensé dans ce charmant in-octavo où l'écrivain semble s'effacer galamment devant le dessinateur. Notons, en passant, que les exemplaires sur japon numérotés de cet ouvrage atteignent, dans les ventes, des prix très élevés. » (Fréderic Henriet, Les eaux-fortes de Léon Lhermitte, Paris, 1905, p. 37) Préparatoire à la gravure publiée dans le dernier chapitre de l'ouvrage d'André Theuriet, La Vie rustique, le fusain acquis par la Ville de Soissons est une production caractéristique de cette période marquée par d’importantes collaborations et une intense production de pastels. Contrairement aux premiers dessins connus, plus précis et incisifs, l’œuvre se distingue en effet par un traitement plus pictural et expressif, par un parti pris formel et structurel plus audacieux principalement incarné par la diagonale que dessine la perspective linéaire au centre de la composition ; une diagonale autour de laquelle se répondent les motifs traités en clair-obscur. Construit comme l’instantané d’une scène de village d’un autre temps, avec un cadrage resserré sur la figure d’une femme en prière et sur le chemin qu’arpentent les témoins des funérailles, ce dessin est empreint d’une poésie douce-amère et paraît vouloir documenter aussi bien l’événement – l’un de ceux qui rythme la communauté rurale –que l’architecture de l’église du village.

Chartèves, le village voisin de Mont-Saint-Père, apparaît à plusieurs reprises dans le catalogue de Lhermitte. S’il se concentre ici sur le funeste cycle du temps, il n’omet pas pour autant d’évoquer les moments plus heureux comme la pêche sur les bords de la Marne ou la Confirmation des jeunes filles du village dans l’église – un superbe pastel, daté de 1888, en témoigne (Québec, musée national des beaux-arts du Québec, inv. 1951.44). Témoin envoutant d’une société qui est sur le point de connaître une terrible guerre, Lhermitte documente sans l’idéaliser la vie rurale et les paysages exquis de sa région natale. A la manière d’autres « peintres moissonneurs » locaux – citons Désiré François Laugée ou Julien Dupré entre autres – il consacre le monde des traditions au détriment du monde moderne. C’est en cela que son œuvre trouve d’intéressantes résonnances au sein du fonds d’arts graphiques des musées de Soissons.

Enfants jouant avec des coquillages 

Salon de 1842, n° 1151 

Huile sur toile 

H. 50 cm ; L. 61 cm

Signé et daté : « V. Lavoine 1842 »

Proposé à la vente par Jamie Mulherron 

Acquis pour 2.900 euros 

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Louis-Victor Lavoine est né à Soissons le 28 décembre 1808. Il est le fils naturel de Véronique Lavoine. Son grand-père maternel, Sébastien Lavoine, était tailleur de pierre à Soissons. Hormis ces éléments généalogiques, nous ne savons que peu de choses de son enfance, avant sa première formation artistique, si ce n’est que sa vie prend un tournant significatif lorsque sa mère se marie en 1826 à Jean-René Chevalier, alors professeur de dessin à Soissons depuis 1820. Jean-René Chevalier est alors un professeur de dessin reconnu à Soissons. Ainsi, lorsque Jean-Louis-Joseph Hoyer, professeur de l’école gratuite de dessin de la ville, fait face à des problèmes de vue qui l’empêchent de mener à bien son enseignement, le conseil municipal nomme Chevalier en tant qu’adjoint. A la mort d’Hoyer en 1829, Chevalier devient à son tour professeur de l’école gratuite de dessin de Soissons. Louis-Victor Lavoine reçoit donc son premier enseignement artistique à l’école gratuite de dessin de Soissons, sous la protection de son premier maître et également beau-père, Jean-René Chevalier. En 1831, ils peignent d’ailleurs à quatre mains un Saint Sébastien pour la cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais de Soissons. Les anges sont l’œuvre de Chevalier tandis que le reste de la composition est dû au jeune Lavoine. Le 3 novembre 1833, Chevalier organise une exposition d’une centaine de tableaux et de dessins à Soissons pour mettre en valeur la vitalité de l’école de dessin de la ville. Onze œuvres de Lavoine y sont alors présentées. 

Pour rendre hommage à sa ville natale, Lavoine offre en janvier 1831 un Portrait de François Ier d’après Titien, puis, en juin 1835, la peinture qu’il a réalisé pour le Prix de Rome de 1834 représentant Homère chantant ses poèmes au milieu d’une ville de la Grèce. Au XIXe siècle, les collections du musée de Soissons contenaient également une troisième peinture de Louis-Victor Lavoine figurant L’Education de Tobie, donnée en 1869 par les héritiers du Soissonnais Charles Moreau. De plus, en 1835, Jean-René Chevalier avait offert à la ville un dessin de sa main reprenant la composition du Serpent d’airain élevé dans le désert qui avait valu à Lavoine le second Prix de Rome. Malheureusement, ces œuvres ont aujourd’hui disparu à l’exception du dessin de Chevalier, récemment identifié en réserves. Le Saint Sébastien réalisé par Chevalier et Lavoine a, quant à lui, été détruit lors de la Première Guerre mondiale. L’acquisition d’Enfants jouant avec des coquillages de Lavoine permet de réparer les torts de l’histoire et l’absence d’œuvres de cet artiste – et gloire – local(e) dans les collections soissonnaises. Il s’agit également de mettre en exergue les talents qu’ont pu former les professeurs de l’école gratuite de dessin de Soissons, prestigieuse institution à l’origine de l’histoire des musées de cette ville. 

DONS / LEGS

Lucien Hector Jonas (Anzin, 1881 – Paris, 1947) Etude pour « La Bénédiction »

Etude pour « La Bénédiction » 

1928 

Fusain sur papier 

H. 42 ; L. 48 cm

Don par M. Philippe Kozak, Valenciennes 

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Né dans la petite cité d’Anzin, voisine de Valenciennes, Lucien Jonas est l’un des principaux peintres de l’armée durant la première guerre mondiale (sur le front dès 1914, il est nommé peintre officiel de la Marine en 1916). Au sortir de ce conflit ravageur, il retrouve le chemin des galeries et des Salons officiels dès les années vingt. Il devient alors l’un des peintres décorateurs les plus demandés de son temps, travaille notamment pour l’Ecole Centrale de Paris (les études et esquisses sont conservées au musée Carnavalet, Paris) mais ne délaisse pas sa région d’origine : durant l’entre-deux-guerres, il travaille notamment aux décors du musée des beaux-arts de la cité natale de Watteau, à ceux de l’Hôtel Lefrancq, du buffet de la gare et honore plusieurs commandes émanant des édiles locaux. C’est sans doute à la faveur de ces nombreux succès et de son amitié avec Floréal Pavot, architecte valenciennois mobilisé pour la Reconstruction à Soissons, qu’il est sollicité par les propriétaires de l’Hôtel de la Croix d’Or. Cet établissement insigne de la cité du Vase, touché par les bombardements de la Grande Guerre, est reconstruit assez rapidement dans un style sobre rehaussé de détails caractéristiques du langage art déco. Bien que nous n’ayons pas de trace de cette ommande, les carnets de l’artiste nous permettent de dater les premiers travaux développés expressément pour ce projet : en date du 21 avril 1928, Lucien Jonas écrit en effet « Je dessine les esquisses de l’Hôtel de la Croix d’Or à Soissons » ; le lendemain, il dessine des « esquisses vue de Soissons [sic] pour l’Hôtel de la Croix d’Or ». Il est fort probable qu’à ces dates, il se trouve à Soissons même : le 24 avril, il écrit en effet « Je termine esquisse n°4 la barque et le canal, Soissons ». On imagine assez mal que de telles esquisses eussent pu être produites d’après photo ; le canal situé aux abords de Soissons passe en effet loin du centre-ville ; il ne constituait pas un point d’attraction particulier et n’était pas, à notre connaissance, connu par la photographie. Le chantier commence par l’exécution des « Marquis indifférents du panneau l’Escarpolette » (5 novembre) confiée à 

« Jacquot » – sans doute Jacques Jonas, le fils ainé de Lucien Jonas. Il se poursuit avec la réalisation des panneaux dits de « La Providence », de « La Musique » et de « La Danse », de « la chaise à porteur », de « La collation », avant de noter, le 10 décembre 1928 : « Après-midi, je dessine le fusain du 6e panneau, « La Bénédiction ». A cette mention succèdent celle du 11 décembre – « je dessine le fusain de « La Bénédiction » – et du 12 décembre – « Je continue le dessin et commence à peindre « La Bénédiction » (voir ci-dessous). C’est donc au cours de ces trois journées de décembre, de peu antérieures au tragique décès de son épouse Suzanne, survenu le 28 décembre 1928, qu’est exécuté le dessin que Philippe Kozak a généreusement offert à la ville de Soissons.  

Ce dessin, par son exécution lâche et habile est tout à fait représentatif de la manière de Lucien Jonas. Plus volontiers attiré par la technique du fusain et de la pierre noire ou de la craie de couleur, l’artiste accorde une place importante à la pratique du dessin dans son travail. Outre la quantité hors-norme de feuilles produites, cette part de son œuvre est fondamentale : on serait même tenté de lui octroyer, peut-être à l’instar du peintre lui-même, le primat dans sa production. 

Lucien Hector Jonas (Anzin, 1881 – Paris, 1947)

L’amateur d’estampe 

1927 

Lithographie 

H. 76 ; L. 54 cm

Signé et dédicacé « A Monsieur Vergnol, prince des photographes de Soissons »

Don de M. Jean-Luc Daunizeau, Soissons 

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Lucien est familier de Soissons – il y expose par ailleurs à deux reprises, en 1927 et 1928 comme nous le rapporte l’Argus Soissonnais (ainsi que l’agenda du peintre) et y passe durant l’année 1914. On peut aisément parler d’un passage remarqué. C’est à cette occasion que l’artiste entre notamment en contact avec André Vergnol, le « prince des photographes de Soissons » telle que le rapporte la dédicace placée sur la lithographie donnée à la Ville. C’est ce même Vergnol qui documente d’ailleurs les séances de travail de Lucien Jonas au sein de la salle de réception de l’Hôtel de la Croix d’Or, photographies (Société Historique de Soissons, fonds Vergnol) qui étayent en quelque sorte les notes manuscrites de l’artiste, datées des mois de novembre et décembre 1928. 

Si l’estampe qui lui est dédicacée n’est pas en soi un portrait de l’homme, elle sied relativement bien au profil de Vergnol. Patient observateur et chroniqueur (ou « reporter ») des événements de sa ville natale, il peut tout à fait être apparenté à la figure que décrit Jonas : concentré, chapeau et lunettes rivés sur la tête et le nez, l’amateur d’estampe (une lithographie produite en 1927 mais peut-être offerte plus tard, en 1928, à l’occasion du séjour prolongé à Soissons pour la réalisation des décors de l’Hôtel de la Croix d’Or) appartient aux types que l’artiste aiment décliner. Une comparaison entre ladite lithographie et deux clichés photographiques issus du fonds Vergnol corroborent d’ailleurs cette parenté. 

Informations annexes au site